LA PAROISSE ARMÉNIENNE CATHOLIQUE DE MONTRÉAL
La Corporation arménienne catholique de Montréal fut établie en 1966 par feu Monseigneur Édouard Kurdy, membre de la Congrégation Patriarcale de Bzommar. Après avoir célébré, successivement dans diverses églises, les services du dimanche et les sacrements, pendant plusieurs années, la Communauté était enfin en mesure de construire son propre <<Centre Communautaire>>. La cérémonie d’inauguration dudit centre, incluant la consécration de l’église, fut accomplie le 18 mai 1983 par Sa Béatitude Hovhannes Bedros XVIII, notre ancien Patriarche Catholicos, assisté de feu Mgr Nerses Sétian, alors exarque des Arméniens catholiques des É.-U. d’Amérique du Nord et du Canada.
Le Centre Communautaire est constitué d’une église, à 350 places, dédiée à Notre-Dame-de-Nareg; il inclut aussi le presbytère ainsi que deux salles principales: une grande salle paroissiale, salle Frères Apikian, située au sous-sol, pouvant contenir 260 places, et une petite, salle <<Georges Zakarian>>, adjacente à l’église. Entourant le Centre, un terrain de stationnement peut recevoir 120 voitures.
Dans les premiers temps, la paroisse comptait environ 250 familles. Actuellement elle en compte presque 800 dont 60 % sont arabophones/allophones et 40 % de langue arménienne. L’on note avec intérêt que quelque 50 familles appartenant à l’Église Arménienne apostolique et à diverses Églises Orientales catholiques assistent fréquemment à nos cérémonies.
En 1993, le R. P. Kévork Vartabed Zabarian, de la Congrégation Patriarcale de Bzommar, curé depuis 1990, organisa un congrès au niveau de la paroisse. Dans le sillon de ce congrès, il en vint à la conclusion qu’il lui incombait de répondre, de toutes les façons possibles et selon la langue de chacun, aux besoins d’ordre spirituel, national, culturel et social de ses paroissiens. Ainsi, l’Union Arménienne catholique qu’il créa pour les membres de langue arménienne satisfait cet objectif. Une autre Union, celle du <<Sacré-Coeur>>, vit le jour pour les membres arabophones. De plus, le curé entreprit de célébrer, chaque dimanche, deux Divines Liturgies, la première pour les arabophones et la seconde pour les paroissiens de langue arménienne. Par ailleurs, le premier dimanche de chaque mois, il célèbre une cérémonie spéciale de la Divine Liturgie pour les jeunes de langue française, ceci ayant pour résultat d’augmenter l’assistance aux cérémonies religieuses. Après la Sainte Messe, l’on partage un café dans la salle paroissiale, où le curé salue les paroissiens individuellement, l’un après l’autre.
Notre paroisse/communauté est devenue maintenant comme une grande famille, avec ses anxiétés et ses satisfactions, ses peines et ses joies, le tout étant partagé en commun. Bien évidemment, le curé ne visite pas ses paroissiens sans avoir été invité; cependant, il considère qu’il lui incombe au plus haut degré de visiter les malades et les mourants, et d’être proche de ses paroissiens et de partager leurs joies et leurs peines.
Les dons reçus des paroissiens en diverses occasions sont tous déposés dans le compte de banque de l’église et, une fois par mois, l’on en fait état dans le feuillet paroissial, un peu comme pour le rapport financier annuel, lequel est préparé par des comptables agréés et envoyé à qui de droit.
Notons que notre paroisse est une des huit paroisses arméniennes catholiques nord-américaines dont l’évêque Manuel Batakian est le troisième exarque (devenu récemment le premier éparque), après Mgr Nerses Sétian et son successeur Mgr Hovhannes Tertzakian. C’est au temps de ce dernier que le R. P. Georges a été nommé Vicaire général et reconfirmé dans son poste par Mgr Manuel Batakian.
L’assistance aux deux messes du dimanche, en arabe et en arménien, se chiffre de 300 à 350 individus et cela, malgré les conditions défavorables de ces dernières années, lorsque les dimanches et les fêtes sont devenus des jours ouvrables au Canada. Les jours de fêtes, comme Noël, l’Épiphanie, le dimanche des Rameaux, la Semaine Sainte, Pâques, l’Assomption et les autres fêtes, l’assistance des deux composantes linguistiques réunies ensemble s’élève à 1500 personnes. C’est une grande consolation, il est vrai, de constater qu’en ces occasions beaucoup de jeunes assistent aux cérémonies festives.
Notre paroisse est relativement jeune; nous célébrons annuellement une quarantaine de baptêmes, une vingtaine de mariages et une douzaine de funérailles. De plus, chaque année, quelque 30 jeunes reçoivent leur Première Communion. Nous inscrivons tous ces sacrements dûment administrés non seulement dans les registres, mais aussi sur un CD-ROM que l’on vérifie régulièrement pour le mettre à jour.
Notre église survit grâce aux dons de nos paroissiens et aux honoraires reliés à l’administration des sacrements. Par ailleurs, l’église fournit de l’aide financière à notre Éparchie en Amérique du Nord ainsi qu’à l’orphelinat des Sœurs Arméniennes en Arménie. Selon les besoins, nous accordons un soutien au couvent de Bzommar, à l’orphelinat d’Andjar, à l’école St-Mesrob et aussi à d’autres institutions. La paroisse encourage les activités de l’Amicale des anciens étudiants des écoles arméniennes catholiques Daniel Varoujan et aussi l’Association des Amis de l’école St-Mesrob lesquelles, à leur tour, soutiennent diverses institutions arméniennes; ces associations bénéficient du droit juridique de notre paroisse d’émettre des reçus aux fins d’impôt.
Grâce à la générosité de nos paroissiens, la paroisse a pu couvrir de marbre le chœur et les marches de l’autel principal et doter l’église d’un rideau liturgique, de vitraux, d’un baptistère en marbre, d’un système de conditionnement de l’air, de deux autels latéraux en marbre. L’un de ces autels est dédié à la mémoire révérée de l’archevêque de Mardine, le Bienheureux Ignace Maloyan, et orné de son portrait grandeur nature. La paroisse s’est aussi dotée, dans la salle Zakarian, d’une librairie contenant une collection riche de livres d’arménologie. À l’extérieur de l’église, l’on a érigé une croix en granite (Khatchkar) à la mémoire des martyrs du Génocide arménien et l’on a construit une grotte dédiée à Notre-Dame-de-Lourdes. Récemment, l’escalier menant à l’entrée principale de l’église, le plafond, la toiture et le plancher ont été complètement refaits, la cuisine rénovée de la salle paroissiale fut semblablement équipée d’accessoires modernes. L’on a installé un système de vidéo de surveillance autour de l’église. Le presbytère a été entièrement rénové et équipé d’un système d’alarme.
On compte plusieurs membres parmi le personnel de soutien au curé et à la bonne marche des activités du Centre, dont la majorité est constituée de bénévoles, presque permanents. On y trouve, donc, aux côtés du curé: une secrétaire, un employé chargé de l’entretien de l’immeuble, un conseil paroissial de six membres, un représentant auprès des associations arméniennes des communautés apostolique et évangélique ainsi que des associations civiles, et un autre pour les organisations orientales, un intendant, un gérant de la salle communautaire, un libraire, l’U.A.C. avec son comité culturel, la chorale adulte <<Alemchah>>, la chorale d’enfants <<Groung>>, la chorale d’adultes arabophones <<Sacré-Cœur>>, la chorale <<St-Grégoire>> des enfants francophones, un groupe de servants de messe, la Guilde des Femmes, l’association <<Sacré-Cœur>>, un comité pour répandre l’adoration du Saint Sacrement, le personnel de l’école du dimanche, la fraternité de Sainte-Rita, le groupe d’aînés Sainte-Anne, enfin, le personnel enseignant préparant les enfants à leur Première Communion et, finalement, un conseiller occasionnel. Pendant plusieurs années, l’église a été fière d’avoir un groupe actif de scouts, mais à cause du manque d’espace adéquat et faute d’un chef disponible, malheureusement, les activités de ce groupe ont été temporairement gelées. La paroisse publie un feuillet mensuel en deux langues et l’U.A.C. un bimestriel en arménien. Deux fois par mois, le curé transmet ses sermons à la radio arménienne.
Enfin, si on veut obtenir des renseignements au sujet de nos activités, notre communauté possède un site fournissant beaucoup d’information : www.eacn.ca et aussi une adresse électronique : egarcana@eacn.ca
À part les activités à caractère religieux, liturgique, national, culturel, musical et littéraire au cours de l’année, d’autres obligations s’imposent, comme la commémoration de la Journée internationale des malades, la Saint-Valentin, la fête de Saint-Vartan. Durant les quarante jours du Carême, nous faisons le chemin de la Croix successivement en arménien et en arabe; il faut y ajouter les dévotions du mois de Marie, la mi-carême et les cérémonies de la Semaine Sainte. Le 24 Avril, nous célébrons la Divine Liturgie à l’oratoire Saint-Joseph. Une fois par année, la paroisse ainsi que l’Union Arménienne catholique tiennent leurs assemblées générales annuelles. Nous célébrons aussi, par des soirées familiales opportunes, la fête des mères, la fête des pères et nous effectuons un pèlerinage annuel au sanctuaire de Notre-Dame-de-Lourdes à Rigaud. D’autres festivités ont lieu le jour de l’Ascension et nous organisons un pique-nique en juillet. Le jour de l’Assomption, la bénédiction des raisins a lieu en même temps qu’une procession religieuse. Chaque année, une réception a lieu pour honorer nos bénévoles, puis, à une date ultérieure, nous célébrons la fête des mariés par une Divine Liturgie adaptée, suivie d’une réception pour les couples mariés que l’on invite à renouveler leurs vœux. Nous organisons successivement un bazar, d’une durée de deux jours, une soirée pour les enfants le jour de l’Halloween et un dîner dansant pour marquer la fête de Sainte-Barbara. À la fin de l’année, l’on fait une grande crèche, l’on élève un arbre de Noël et on les décore avec grand soin. Suivent alors les cérémonies de Noël avec beaucoup de splendeur et de dignité et nous accueillons la fin de l’année avec un Réveillon de prières et de festivités impliquant la participation de tous les paroissiens, les arabophones et les arménophones ainsi que nos fidèles francophones. Au cours de chaque année, des cours de préparation au mariage sont donnés à tour de rôle par le curé, un médecin, un psychiatre et un notaire.
Ces dernières années, nous avons commémoré, avec des cérémonies splendides, le 1700e anniversaire de la conversion de l’Arménie au christianisme, le 1600e anniversaire de la création de l’alphabet arménien, le 1000e anniversaire du Livre des Lamentations de Saint Grégoire de Narek et le 40e anniversaire de l’établissement de la communauté arménienne catholique de Montréal. En novembre prochain, nous allons célébrer le 25e anniversaire de l’établissement de l’Éparchie arménienne catholique de l’Amérique du Nord.
L’année dernière, l’U. A. C., en collaboration avec L’Union du Sacré-Coeur
et les chorales ainsi qu’un groupe de paroissiens, a organisé une soirée à l’occasion du 60e anniversaire de naissance du curé. Celui-ci eut la joie de partager ce repas de fête avec plus de 340 invités, incluant notre Éparque, le Vicaire Patriarcal de la Congrégation de Bzommar, ainsi que les Primats et les Pasteurs des Églises Apostoliques et Évangéliques Arméniennes et ceux des Églises Orientales.
À propos, il faut évoquer les relations vraiment cordiales que nous avons le privilège d’entretenir avec les Primats et les Pasteurs d’églises arméniennes sœurs. Nous tenons des réunions avec eux à plusieurs occasions. Nous célébrons ensemble des fêtes nationales, des fiançailles, des mariages ou des services funèbres, et le reste. Le 24 Avril de l’an dernier, notre curé était le célébrant de la Divine Liturgie à l’église arménienne apostolique Sourp Hagop (un événement sans précédent en absolu), avec la participation de la chorale Alemchah de notre paroisse à l’occasion du 91e anniversaire du Génocide arménien. Le 24 Avril de cette année, il participa encore à la commémoration interarménienne du Génocide, cette fois-ci en qualité de prédicateur principal. En ce qui concerne le clergé latin, nous sommes en termes cordiaux avec ses membres depuis de nombreuses années. Nos liens avec eux sont si étroits qu’ils ont mis à la disposition du Père Georges, dans l’un de leurs couvents, une petite chambre convenable afin qu’il puisse mener, quand bon lui semble, une vie communautaire avec eux.
Avant de clore , en vue de nous aider à entrevoir les perspectives d’avenir quant à notre survie culturelle et communautaire, il nous paraît important d’exposer notre perception du Contexte socio-culturel dans lequel notre communauté partage ses joies et ses peines, ses succès et ses échecs, ses solutions et ses problèmes, en cohabitation avec l’ensemble de la population du Québec. De prime abord, il est vrai, faut-il le noter, que nous nous considérons privilégiés de vivre au Canada et au Québec eu égard à tous les avantages sociaux et politiques, économiques et humains incluant les Droits de la personne, etc …dont bénéficient, à part égale, tous les citoyens du pays.
D’autre part, en référence aux problèmes, selon nous d’ordre interne et externe, nous y faisons face quotidiennement avec nos familles, tout comme la société québécoise. Nous croyons que les premiers découlent naturellement du tempérament, de la provenance, de la langue et de la mentalité de ses membres. Les seconds découlent des phénomènes négatifs se trouvant dans notre environnement, comme: l’atmosphère antichrétienne, anti-ecclésiale, païenne et hédoniste si répandue au Canada, laquelle atmosphère nous semble tellement offensante pour l’Église et les valeurs spirituelles de nos fidèles. La drogue, les places d’amusement et des endroits mal famés attirent, à cause de leur caractère séduisant, les jeunes et les éloignent de l’Église. Les valeurs traditionnelles risquent de tomber dans l’oubli, ce qui entraîne la dissolution des liens familiaux. Les mariages religieux diminuent, laissant la place à des unions libres et les divorces sont devenus de plus en plus fréquents. L’on doit vendre des églises parce que l’assistance aux services religieux diminue de plus en plus. Paradoxalement, le nombre des sectes se multiplie graduellement, et l’on assiste à la publication des écrits hostiles au christianisme. Enfin, tout cela, en y ajoutant malheureusement une conduite portant à scandale de la part de certains membres du clergé, affaiblit la foi de plusieurs croyants et devient la cause principale affectant l’intégrité de nombreuses familles, sans négliger l’influence négative, de tout cela, agissant sur les vocations sacerdotales et religieuses. D’après nous, tel est, en résumé, l’environnement au milieu duquel notre paroisse s’efforce, avec la grâce de Dieu, de nager à contre-courant. Nonobstant tous ces problèmes auxquels nous faisons face, nous avons la nette conviction et la croyance profonde que nous sommes, avec notre Arménité, une des particules de l’Église, Une, Catholique et Apostolique du Christ et que même <<les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle>> (Mt. 16, 18).
P. G. Z